Les dinosaures ont disparu il y a 65 millions d'années.
Pour les étudier, il ne reste que ce que l'on peut trouver préservé
dans la roche. Les tissus mous (les muscles, les vaisseaux sanguins, les organes,
la peau, les couches graisseuses etc.) sont très vite détruits,
même si des conditions très particulières peuvent les préserver.
Par contre, les parties dures (os, dents) se conservent très bien. L'étude
de tout ce qui arrive à l'organisme après la mort, la taphonomie,
présente un grand intérêt pour les paléonthologues
car cela peut nous donner des informations importantes sur le milieu de vie
du dinosaure comme on va le voir.
La mort du dinosaure
Que se passe-t-il lorsque qu'un dinosaure meurt ?
- S'il est tué, il peut être démembré par l'animal
qui l'a tué, ou par les charognards (aujourd'hui hyènes ou vautours
pour les plus gros et insèctes pour les plus insignifiants mais dont
le rôle est aussi important). Bien sûr, le plus gros travail se
fait par les bactéries sur la chair en décomposition. Les os sont
généralement décapés de leur chair et le plus souvent
blanchissent au soleil. Certains os peuvent être déplacés
et rongés ailleurs. Quelques fois, les restes peuvent être piétinés
par des hordes d'animaux et certains os fragiles seront détruits. Au
final, on a donc un tas d'os desarticulés, bien souvent dispersés
gisant dans l'herbe.
- S'il meurt de vieillesse, maladie, noyade, il peut être, ou non, desarticulé
immédiatement par les charognards. Laissée intacte, la carcasse
va se gonfler sous l'action des bactéries puis sécher si le milieu
ne comporte pas d'eau laissant les os, tissus, ligaments, tendons, la peau durs
et rigides.
- Quelques fois des évènemets catastrophiques peuvent affecter
des hordes entières d'animaux, soulignant leur comportement grégaire.
Des inondations brutales peuvent engloutir parce qu'ils franchissent une rivière,
les animaux sont alors noyés, emportés par le fleuve et vont se
déposer dans des bras mort ou des plaines inondables. Abandonnés,
les os des carcasses seront partiellement dispersés et constitueront
des tas de squelettes du même animal.
- L'accumulation monospécifique d'ossement peut aussi résulter
d'un particularisme physique (un piège ). Par exemple le gisement de
Cleveland Lloyd Dinosaur Quarry dans l'Utah (USA), qui date du Jurassique supérieur,
comporte 80 pour cent d'ossement d'Allosaurus. On c'est alors interrogé
sur le comportement grégaire de ces prédateurs, ce que semble
surprenant. Aujourd'hui, on s'accorde pour dire que ces animaux étaient
probablement attirés par des cadavres enlisés dans la boue et
s'y enlisaient à leur tour.
- Enfin une accumulation peut aussi résulter de l'occupation d'un lieu
par une population. Par exemple, La formation Two Medecine du Montana (USA),
datée du Crétacée supérieur, contient de millier
d'ossements de Maisaura, de l'embryon à l'adulte. On suppose qu'il s'agit
d'un lieu de nidification actif sur une longue période.
L'enfouissement de l'animal
Les os finissent tôt ou tard par être détruits ou enterrés.
S'ils ne se transforment pas en déjeuner, la destruction peut venir du
temps (les minéraux dans les os se dissolvent et les os sont désintégrés).
Mais si les os sont enterrés, ils deviennent des fossiles (du latin fodere
qui signifie enterrer) quelle que soit la durée où ils restent
dans le sol.
L'enfouissement peut se faire de différentes manières. Le plus
couramment étant lorsque les os sont recouverts de sédiments.
Par exemple, cela se produit dans le désert, lorsque les dunes migrent
et engloutissent tout ce qu'elles croisent. De même, les inondations charient
de grandes quantités de sédiments qui, lorsque l'eau se retire,
se redéposent.
Mais il existe des phénomènes plus subtils, les ossements déjà
enfouis pevent être remis à jour puis déplacés vers
un nouveau lieu où ils seront déposés et enterrés
de nouveau. Cela se produit très souvent dans les rivières, en
effet, elles érodent régulièrement leur lit ou débordent
et peuvent mettre à jour des os qu'elles redéposent plus loin.
Des ossements enterrés depuis des millions d'années peuvent ainsi
être repris. C'est un vrai piège pour les paléontologues
qui peuvent ainsi faire de grandes erreurs d'interprétations car dans
un même milieu peuvent cohabiter des os de bisons et de dinosaures.
Les os ainsi transportés vont comporter des traces, notamment de polissage
(voir l'image plus bas). Dans certains gisements, le transport devient le principal
facteur de concentration, de redistribution et de sélection des restes
fossiles. Par exemple le gisement de Cherves-de-Cognac en Charente (France),
qui date du Crétacé Inférieur, livre, dans des dépôts
lagunaires, des restes de dinosaures, mammifères, poissons, lézards,
crocodile, requin etc... Ces restes proviennent des milieux terrestres, d'eau
douce, d'eau saumâtre ou même marins.
Après l'enfouissement
Les os sont constitués de calcium, un minéral qui n'est pas stable
dans les conditions de température et de pression à la surface
du sol. Cela signifie que l'os va subir des transformations chimiques et l'os
original ne sera pas préservé après la fossilisation. Cela
se produit surtout si des fluides circulent dans le sol (de l'eau par exemple).
S'il n'y a pas de fluide, l'os peut conserver sa composition chimique initiale,
mais cela est rare mais peut présenter un intérêt particulier
pour l'étude de la physiologie des dinosaures.
Les phénomènes de minéralisation des os sont de trois ordres:
- - Perminéralisation: lorsque les pores de l'os sont remplis par un minéral;
- - Recristallisation: lorsque l'os est dissout puis reprécipité en
conservant la forme originale du fossile;
- - Remplacement: les cristaux originaux sont remplacés par d'autres.
En général, les os fossiles sont un mélange des ces trois
phénomènes. En général, plus un os fossile sera
enterré vite, plus il aura des chances de se préserver. La suite
est un concours de circonstances, les sédiments où se trouvent
les sédiments sont érodés au fil du temps. Si un paléontologue
(ou tout autre personne) passe par là, c'est la découverte.
L'os subit de nombreuses altérations au cours des étapes de fossilisations, chacune laissant des traces caractéristiques. Par exemple, avant d'être enfoui, il peut être digéré (a) ou poli par le transport (b). Enfoui, il est parfois perforé par des racines (c).
(Dossier pour la science n°48 juillet/septembre 2005 - page 118 - par J. -M. MAZIN)
Schéma récapitulatif
Ce dessin présente les deux processus de fossilisation
décrits dans le texte. Sans démentellement du squelette (a) et avec
dispertion des os (b). (D'aprés "The évolution and extinction of the dinosaures
- second edition." Par David E. Fastovsky and David B. Weishampel. Illustrations
by John Sibbick.)